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Industrie

Reportage M6 – notre avis & l’itw de Arnaud Tisserand

14 Nov , 2016  

Des salles obscures au petit écran, la grande planche fait le bonheur des publicitaires, des opérateurs téléphoniques, des marques de vêtements et des chaînes de la TNT. Dimanche dernier, M6 diffusait un reportage consacré au longboard dans son émission «  66 minutes ». Un document télévisuel loin de faire la promotion d’un sport qui séduit.

On ne va pas se mentir, mais quand on voit la qualité de l’info de la sixième chaîne, on s’attend forcément à des doutes sur le traitement de l’information. Avec ce reportage sur le skate de descente, ils n’ont pas raté leur coup, où plutôt si, le désastre a bel et bien eu lieu. Ton grave, commentaires grotesques et irrecevables, images chocs accompagnées d’une voix rythmée façon Bernard De La Vilardière. M6 a fait ce qu’elle sait faire de mieux : du cheap. Mieux encore, de la merde.

Tout d’abord, quel intérêt de qualifier les intervenants (riders) de «  trompe la mort » ? Quelle belle publicité pour les sportifs présents à l’image, dont certains figurent parmi les meilleurs descendeurs français licenciés à la Fédération Française Roller Sports. Sans parler de l’absence totale de mise en valeur des noms des intervenants… Il semblerait que le respect des invités soit une qualité première chez M6. Que dire de «  il faut une bonne dose d’inconscience pour jouer sa vie sur 4 petites roues en gomme » ? Faire passer les skaters invités pour des écervelés aux tendances autodestructrices est sans doute ce que M6 a trouvé de mieux à faire, dire tout haut ce que l’ignorance pense tout bas. Avec de telles méthodes, difficile de ne pas capter l’attention de millions de Français, qui attendent impatiemment le repas servi par M6. Définition vulgaire, affirmations vagues ou erronées (sur la pratique en route ouverte, les accidents, les victimes etc), séquences crash et enchaînement de propos infondés, entachant toujours un peu plus l’image des sportifs et d’un sport qui communique sur plus de sécurité. Il va de soi que le traitement infligé au reportage n’a rien d’objectif.

Mais à côté de ça, il n’y a pas de quoi s’alarmer, car comme le rappelle The Rider Post, « Les médias ont toujours eu du mal à comprendre les riders décidément ». Pour Alexandre Ulrich, directeur de DTC Wheels, « Des reportages de ce type, il y en a tout le temps et depuis toujours. Il y en a juste certains qui ont des grandes gueules ces temps-ci et qui sautent sur tout pour tout critiquer et se mettre en avant en même temps. Si les skaters n’avaient pas ridé illégalement des piscines dans les 70′,  les skatepark n’existeraient pas aujourd’hui! ». Les réactions au reportage sont nombreuses. Celle qui a fait le plus de bruit est celle du président du Politic Longboard Activist (PLA), Julien Manzoni.

Faire passer les riders pour des imbéciles heureux, étaient-ce vraiment l’objectif des journalistes ? Qui sont-ils, se sont-ils intéressés de prêt au longboard ? Que s’est il passé entre la production et le montage ? Afin de savoir ce qu’il s’est passé, on a contacté Arnaud Tisserand, président de la FRRR, association organisatrice de l’évènement sur lequel étaient présents les journalistes.

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Salut Nono ! Comment s’est déroulée la rencontre avec les journalistes de M6 ?
Salut Marvin ! Ça va super bien, merci ! Aline nous a d’abord bien fait marrer en reculant d’environ 1m50 de trop sur un des étages du parking, foutant la moitié de sa bagnole de loc’ dans le vide lol.

 

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Photo: Michael Pellicier

C’est surtout notre président sortant, Pierre Cervellin, qui les a accueillis. Mais j’ai pu avoir à faire à eux lors de la mise en place des protecs (heureusement qu’on était large dans le timing, parce qu’il y a fallu jouer le jeu, refaire, répondre aux questions « pourquoi un matelas ici ? « , « pourquoi un filet là ? ». J’ai d’ailleurs pu faire un parallèle avec une étape du Rallye du Mont Blanc 2016 lors de laquelle il y a eu 1 mort en plein milieu du tracé du Go-Goats, pour illustrer l’utilité de certains filets.
Il y a également eu les questions habituelles de M. Tout le Monde. Essentiellement des questions sur la route ouverte, auxquelles Pierrot et moi avions répondu de la manière la plus éducative et responsable qui soit : choix de la période de l’année, des créneaux horaires, etc.
On a aussi partagé l’apéro du vendredi soir et le repas du dimanche midi, dans la convivialité habituelle aux évents de DH.

Qu’ont-ils cherché à mettre en avant pour ce reportage ?
De ce que j’avais compris, ils voulaient faire un documentaire de 15 minutes sur le longboard en général, présentant les diverses disciplines telles que le LDP, le slalom, le dancing (discipline pour laquelle ils ont filmé sur Paris la veille sur une Dock Session), et le DH qui devait occuper 7 minutes, pour lesquels ils voulaient venir sur le Go-Goats. C’est d’ailleurs un pousseur très connu qui les a branché avec nous. On avait rien demandé au départ, si ce n’est aux TV locales et France 3, comme tous les ans.

De ce que j’ai pu vivre sur place, ils ont passé beaucoup de temps à filmer la mise en place des protecs le vendredi (planches de protection du pont, filets, etc.). Je dois dire que je les aurais envoyé chier un an auparavant… Sinon ils ont fait pas mal de plans de ride, mais aussi (et surtout !) le briefing des commissaires du samedi matin, leur mise en place, et les staffeurs en action, dans les virages, au contact des automobilistes, etc.

Se sont-ils intéressés à l’association la FRRR qui organisait le freeride GO Goats ?

Sur place, vite fait. C’est surtout en amont de l’event et par mail qu’ils se sont intéressés aux activités de la FRRR, une certaine Camille.

Comment voyais-tu le reportage à l’issue de la rencontre ?
Je voyais un reportage qui présenterait au grand public, le longboard sous tous ses aspects et qui donnerait enfin au DH la reconnaissance qu’il mérite, en mettant en avant le côté sportif des pratiquants, mais aussi leurs palmarès éventuels, ainsi que le côté responsable des riders & des clubs organisateurs qui permettent aux riders de rouler sur de supers spots sans courir de risques majeurs. De ce qu’on avait également compris, c’est qu’ils souhaitaient retranscrire à l’écran la convivialité et le côté familial, fraternel, de notre communauté.

 « Je cite Aline le dimanche matin de la diffusion : « raccourcie et axée adrénaline ». Sur le moment, on ne s’est pas fait trop d’idées. »

Quel est ton ressenti suite à ce que tu as vu ?
Du dégoût, une profonde déception et une certaine humiliation, partagée je pense avec tous les descendeurs qui verront le doc, parce que :

  • dans notre sport, si t’es un « trompe-la-mort », tu ne fais pas long feu !
  • on a passé plusieurs heures avec eux au détriment de l’orga, pour finalement entendre des conneries et voire occulter tellement d’informations nécessaires au grand public et qui auraient servi notre sport au sens large : fédéral, économique, culturel.

Le mot de la fin ?

Pour le mot de la fin, je ne blâme pas Aline et son cadreur, qui, je pense ont fait leur boulot de manière assez pro, et qui avaient proposé une autre version que celle qui a été diffusée. Je cite Aline le dimanche matin de la diffusion : « raccourcie et axée adrénaline ». Sur le moment, on ne s’est pas fait trop d’idées. Mais il fallait comprendre « audimat », « sensationnel », « choc », « scénario à 2 balles » genre « on doit à tout prix rattraper les garçons » et faire passer les descendeurs pour de gros débiles suicidaires…

En espérant que d’autres émissions plus intelligentes se pencheront de nouveau sur notre sport. Merci M6, merci 66 Minutes! Sinon, en voilà une qui a mis notre sport et l’event en valeur :

A priori les journalistes ont fait du bon boulot. M6 avait visiblement toute les cartes en main pour réaliser un reportage digne du nom, sur un sport émergent qui attire, mais dont l’image « extrême » suscite de vives réactions. Dans le skate de descente, la conscience du danger est présente chez les pratiquants, qui essaient tant bien que mal de proposer des solutions. Des bruits de couloirs disent que la CS « était » sur le point de réagir au reportage d’M6. Info ou intox ? Quoi qu’il en soit, il est désormais impossible de revenir en arrière, tout est désormais devant nous et il y a du travail. En attendant, méfiance à l’égard des gros médias qui veulent surfer sur la folie médiatique de nos grandes planches à roulettes et soyons acteurs de notre propre passion.

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